Association pour la sauvegarde du caractère culturel et maritime du havre de Regnéville
Très tôt, le havre constitue un abri sur une côte inhospitalière : le passage de la Déroute. Aux IXe-Xe siècles, il sert de refuge aux drakkars. C’est à cette époque que les Normands construisent un « dick » (une digue) à Agon et sans doute aussi à Regnéville pour protéger leurs bateaux. Au Moyen-âge, la création des foires de Montmartin et d’Agon (années1200) entraîne une activité florissante : le port de Regnéville reçoit principalement des étoffes et des vins. L’édification du château royal au XIIIe siècle permet au roi de récupérer l’argent des taxes. Les marins se plaignent des divagations de la Sienne et des bancs de sable qui sont dangereux pour la navigation, ce qui oblige les équipages à alléger les navires avant le port.
Pendant la guerre de cent ans, le château change plusieurs fois d’occupant. Sous Charles VIII, à la fin du XVe siècle il est donné en fief. Au début du XVIIe siècle, il ne constitue plus une menace. Pourtant, en 1637, les Anglais sont toujours menaçants et les Huguenots encore présents (dont le possesseur du château). Par ailleurs, la sédition des nu-pieds et la Fronde sont imminentes. Richelieu fait donc démanteler le château, puis pour l’exemple exploser le donjon. Ce symbole, témoin de l’autorité de l’État, est l’un des seuls qui subsistent en France.

Dès le XVIIe siècle, de nombreux bateaux arment pour la pêche à la morue. Deux siècles plus tard (1840 environ) apparaissent les digues, phare et mouillages qui facilitent le cabotage : essentiellement transport de la pierre à chaux et importation de charbon.

La magnifique batterie des fours à chaux du Rey, construite vers 1850, a en effet besoin du port pour pouvoir fonctionner. Puis les fours à chaux s’éteignent et le port d’échouage s’ensable car laissé à lui-même.
Restent pour témoigner du passé les nombreux capitaines et leurs navires, tel le Jules Gommes, et autres marins
originaires de Regnéville et les différents vestiges de l’histoire.
Texte © J. Morin et R. Elie